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TRACES JUIVES EN AFRIQUE  Imprimer   Envoyer par mail
 


5 avril 2011 / 17h10
- Rétrospective colorée des amitiés israélo-africaines

Esther BENFREDJ, Étudiante à la maîtrise en droit international (Université de Montréal)
Depuis le printemps 2010, on peut occasionnellement lire dans la presse que l’État d’Israël apporte son concours au continent africain pour « faire fleurir le désert ». [1] Plus récemment, à l’automne de cette même année, la presse s’est intéressée à l’action humanitaire de philanthropes juifs qui furent à l’origine du projet Gahozo Shalom, destiné à secourir les orphelins du génocide rwandais en créant une localité sur le même modèle que les villages bâtis en Israël dans les années 50 pour recueillir les enfants rescapés de l’Holocauste. [2]


Le soutien israélien au continent noir n’est pas nouveau et remonte à la fin des années 1950. C’est ainsi qu’avant de se rallier aux nations arabes après la guerre des Six Jours en 1967 et surtout à la suite du choc pétrolier en 1973, de nombreuses nations africaines entretenaient avec Israël des rapports amicaux. Cette complicité s’explique, en partie, par le fait que le mouvement sioniste et les différents mouvements de libération du Libéria, du Sénégal, du Nigeria, du Ghana ou encore de la Côte d’Ivoire avaient combattu avec force contre les mêmes colonisateurs occidentaux qui les avaient oppressés.


Dans une approche plus réaliste, l’engagement d’Israël vis-à-vis des nations africaines naissantes visait également à obtenir leur soutien aux Nations Unis à la suite de la crise du canal de Suez en 1956. Point stratégique que souligne Golda Meïr dans son autobiographie. [3] Il n’en demeure pas moins que l’État hébreu pouvait apporter beaucoup à ces nations en quête de reconnaissance et d’indépendance. En pleine Guerre froide et dans un monde divisé entre nations développées et nations du tiers monde, le cas israélien était un exemple unique pour l’Afrique noire. En plus d’avoir combattu le Mandat britannique, les sionistes de Palestine avaient fait preuve d’une singulière originalité pour rendre cultivable la terre aride du désert, pour accroître le rendement des récoltes, pour irriguer les plantations (et inventer les techniques modernes de l’irrigation par goutte à goutte en 1959 au kibboutz Hatzerim) et, enfin, pour mettre en place de redoutables groupes d’autodéfense.


De sorte qu’entre 1957 et 1973, l’enseignement israélien en matière de santé publique, d’agriculture, d’hydrologie, ou encore de mécanique se répandit largement dans près de quatre-vingt pays d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie. Parallèlement, des milliers d’Africains recevaient une formation scientifique en Israël. Cette aide était dispensée par un programme de coopération internationale fondé par Reuben Barkat, alors à la direction du syndicat du travail, la Histadrut. C’est ainsi que des dizaines de programmes éducatifs et de construction entre le Ghana et Israël virent le jour, dont la création de la ligne de navigation Black Star. Et ce fut dans ce contexte d’échange que Golda Meir, alors ministre des Affaires étrangères, fit la connaissance de Nkrumah, père du Ghana et figure charismatique du nationalisme africain.


Lors de la première Conférence des peuples de l’Afrique en 1958, le jeune État du Ghana occupait une place centrale puisqu’il y fêtait son premier anniversaire. Cette cérémonie réunissait les représentants de tous les mouvements de libération du continent dont George Padmore, éminent idéologue du panafricanisme. Selon Padmore, le développement de l’Afrique devait passer par une solidarité et une aide financière des communautés noires d’Amérique du Nord, calquée sur le modèle du United Jewish Appeal. Analysée sous cet angle, l’histoire de l’État d’Israël le passionnait et il souhaita vivement que Golda Meir, invitée pour l’occasion, fasse la rencontre des différents chefs africains rassemblés à Accra. [4]


Les premiers jalons de la coopération israélo-africaine étaient posés, si bien qu’en juin 1960, lors de l’Indépendance du Congo Belge, le ministre israélien Levi Eshkol s’exprima en ces termes devant le premier premier ministre du Congo, Patrice Lumumba :


« Nous autres, Israéliens, comprenons ce que signifie réellement le passage de la tutelle à la liberté. C’est un patrimoine bien précieux que celui de la souveraineté nationale que vous venez d’acquérir maintenant. […] Le gouvernement d’Israël se fait, d’autre part, le plaisir de vous offrir à l’occasion de votre fête nationale cent bourses d’études, en témoignage d’une amitié profonde et sincère. » [5]


Et au cours de l’été 1960, la première conférence internationale pour le progrès des nouveaux États et le développement scientifique se déroula à l’Institut des Sciences Weizmann à Rehovot. L’objectif ambitieux consistait à lier les pays développés et moins développés autour des technologies et de la science.


Cependant, les amitiés israélo-africaines ne devaient pas s’inscrire dans la durée. Dès la fin de la guerre des Six Jours, une trentaine de nations africaines tournèrent le dos à Israël, lui préférant la cause arabe. Quelques États comme le Lesotho, le Malawi, l’Afrique du Sud et le Swaziland gardèrent toutefois des liens avec l’État hébreu jusqu’en 1976. Mais la coopération entre Israël et l’Afrique du Sud, pays de l’Apartheid, contribua grandement à la rupture de ces dernières amitiés, explique le spécialiste Alhadji Bouba Nouhou [6]. Les Africains cessèrent de s’identifier à Israël et reconnurent dans la cause arabe leurs frères d’armes.


Pour le continent noir, Israël ne constituait dorénavant plus un pays pionnier et libéré du joug britannique. Progressivement, cet État devenait une puissance impérialiste et colonisatrice, accusée d’être à l’origine de la tragédie palestinienne. Ce revirement politique radical donna naissance à une confrontation israélo-arabe en Afrique. En outre, la triste mais célèbre affaire des otages d’Entebbé dégrada davantage la situation. À la suite de l’intervention israélienne pour sauver les otages retenus dans un avion par des pirates de l’air en Ouganda, le dirigeant Idi Amin Dada prétendit que sa souveraineté avait été bafouée par Israël et revendiquait en conséquence l’application du droit international (malgré sa coopération ouverte avec de nombreux réseaux terroristes). À titre anecdotique, on peut rappeler que, peu de temps avant l’épisode d’Entebbé, Idi Amin Dada avait clamé son intention d’ériger un monument à la mémoire d’Adolf Hitler. Celui-ci avait certainement oublié que le Führer avait placé les Noirs au dernier rang de l’humanité dans Mein Kampf !


Paradoxalement, l’État d’Israël est aujourd’hui devenu une destination d’émigration prisée par de nombreux Africains voulant fuir les atrocités de leur pays. Depuis 2007, pas moins de 5 000 clandestins, dont plusieurs centaines de Soudanais, sont illégalement entrés en Israël en passant par le Sinaï. Cette immigration clandestine partage désormais l’État hébreu entre un devoir moral, qui consiste à porter assistance aux opprimés, et un aspect plus pratique concernant les moyens limités dont il dispose après avoir intégré les milliers d’immigrants juifs d’Ethiopie depuis l’opération de sauvetage Moïse en 1984.


Le ministre de la Justice, Daniel Friedman, avait alors porté soutien aux organisations humanitaires en déclarant qu’Israël devait « agir avec les réfugiés soudanais comme le souhaite la morale biblique ». C’est ainsi que le gouvernement ordonna de cesser les arrestations des demandeurs d’asiles soudanais, et ce, bien que le Soudan soit considéré comme une nation ennemie.


Cette histoire passionnée et passionnelle, qui unit le peuple noir au peuple juif, fait finalement douloureusement écho à ce qu’écrivait en 1902 Théodore Herzl, père du sionisme :


« Parmi le désespoir des peuples, qui, jusqu’à présent, est resté insoluble […], il y a une autre question d’égale importance, celle de l’Afrique. Il suffit de se souvenir de tous ces épisodes terribles, l’esclavage d’êtres humains, qui, par le seul fait d’être noir, étaient faits prisonniers, capturés, vendus comme du bétail. Leurs enfants ont grandi dans des pays qui leur étaient étrangers, ils étaient dénigrés, en butte à l’hostilité parce que leur couleur de peau était différente. Et bien que certains trouveront à y redire, j’affirme que lorsque j’aurai été témoin de la rédemption du peuple juif, de mon peuple, je ne pourrais alors que souhaiter la rédemption des peuples d’Afrique. » [7]

Notes

[1] Agence Reuters, publié en ligne le 26 avril 2010 : http://www.lexpress.fr/actualites/2....

[2] Article de Dominique BOURRA, publié en ligne sur le site de la chambre de commerce France-Israël le 22 octobre : http://www.israelvalley.com/news/20...

[3] MEIR, Golda. Ma vie. Paris : Éditions Robert Laffont, 1975.

[4] Ibid, p. 346-347.

[5] Cité dans NOUHOU, Alhadji Bouba. Israël et l’Afrique : une relation mouvementée. Paris : Éditions Karthala, 2003, p. 64-65.

[6] Ibid.

[7] HERZL, Théodore. Nouveau pays ancien : Altneuland ; précédé de CHARBIT, Denis. Retour à Altneuland : la traversée des utopies sionistes. Paris : Éditions de l’Éclat, 2004.

Source : Les CAHIERS DU CERIUM



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