Le sommaire  
 
Juifs et Noirs minoritaires en Occident
Convergences Juifs-Noirs
Traces juives en Afrique
Les Juifs Noirs
Les Hebreux Noirs
A L'AFFICHE
Peuples en esclavage
Génocides juifs/génocides noirs
Immigrations juives/immigrations noires
colonisation et peuples colonisés, expatriés
Les grands hommes Africains, Antillais et Juifs anti-racistes
 

  La Newsletter  
  Pour recevoir
régulièrement
nos news
 

  Le Courrier  
 
>Voir 
 

  Les Liens  
 
>Voir 
 


  Accueil > Convergences Juifs-Noirs
 
CONVERGENCES JUIFS-NOIRS  Imprimer   Envoyer par mail
 


3 février 2005 / 00h58
- Israël, petit peuple par le nombre

G.-P. E. -Comment expliquez-vous qu'Israël, petit peuple par le nombre, se soit trouvé au centre d'intérêts mondiaux de manière si constante, et cela depuis l'Antiquité ?
André Chouraqui:
Le peuple d'Israël est, comme vous le dites, un tout petit peuple. La nation s'est formée en contradiction avec un entourage plus puissant en nombre, en culture, en civilisation. Aucune comparaison ne vaut en histoire, mais l'arrivée des Hébreux en Canaan pourrait se comparer, de nos jours, à celle de tribus bédouines décidées à s'établir et à conserver leurs particularismes dans l'orbite des grandes métropoles occidentales. Face à toutes les grandes puissances, donc, Israël n'était rien. Malgré cela, son existence physique a toujours constitué un problème. Israël devait sans cesse se défendre contre l'appétit des conquérants. Il était constamment en guerre, avec les Babyloniens, les Assyriens, puis avec les Romains, qui ont détruit le Deuxième Temple et tué le tiers du peuple, au moins un million de personnes. Il fallait surmonter cette tragédie. Mais malgré tout, le judaïsme n'a pas été laminé par l'Occident.
G.-P. E. -Contrairement à l'Afrique, qui a été littéralement dépossédée d' elle- même. Quand j' ai été envoyé en France pour passer mon bac et devenir jésuite, on a dit à mon père qu'il allait devoir se convertir avant mon ordination et renoncer à une de ses deux femmes. C'était le tuer en tant qu'Africain ! On m'a élevé entre deux. Si l'on veut parler comme Lacan, je suis dans la débilité. J'ai la rumeur de l'Afrique dans l'oreille et pourtant je vis en France. J'espère avoir su tirer parti de cette situation ambivalente. Je ne sais. Peut-être ce livre me permettra-t-il enfin de poser les choses. ..Quant à mes frères et sœurs, dont certains vivent aujourd'hui en Alsace, j'ai parfois l'impression qu'ils sont plus alsaciens que les Alsaciens! Je pense à ce sujet à Frantz Fanon, martiniquais d'origine et grande figure de l'anti-esclavagisme, à ce point dépossédé de son identité qu'il disait, pendant la guerre d'Algérie, « Nous les Algériens » ! Il disait aussi : « Quand on parle du Juif, le Nègre n'est pas loin! »
Quant à moi, je porte l'Alsace en moi, cette langue est la mienne, c'est la première que j' aie apprise après la langue de ma mère. D'ailleurs, je pars du principe qu'il n'y a pas pour moi de langue maternelle. J'ai toujours un rapport d'étranger aux langues, et je les apprends ainsi, y compris celle que l'on appelle ma langue maternelle, que j'ai réapprise alors que j'étais dans la Compagnie de Jésus, à l' aide des dictionnaires rédigés par les Jésuites. Et je la parle sans doute mieux que les Camerounais eux-mêmes ! Il n'en demeure pas moins qu'un enfant que l'on retire à sa mère, que l'on coupe de ses racines, est détruit.
A. C. -Nous abordons un sujet passionnant, mais effrayant, celui de la langue. Vous avez dû réapprendre votre langue dans les dictionnaires! On a détruit en vous la terre de votre enfance. C'est dire comme peut être profonde la déchirure de l'exil. Quel destin incroyable! Je crois que les juifs peuvent vous comprendre, car s'il est une souffrance qu'ils ont éprouvée au cours des siècles, c'est bien celle du déracinement. Nabuchodonosor, qui à cet égard fut un véritable génie militaire, avait compris à quel point l'exil pouvait priver l'homme de ses ressources, de sa force de résistance. Il a déplacé les Hébreux à Babylone, puis il a installé les Samaritains et les Babyloniens en Israël. Il savait qu'un homme sans sa terre n'est que l'ombre de lui même. C'est toute l'histoire d'Israël qui cherche, dans la diaspora, à recréer sa terre en vivant en étroite communauté, en perpétuant la tradition. Je pense à cette phrase de l' Admour Hazaken : « Si Napoléon entre en Russie, profanez le chabbat s'il le faut mais fuyez. » n ne nous met pas en garde contre la puissance militaire du grand général. Il nous avertit d'un danger beaucoup plus insidieux. Napoléon n'enfermait pas les juifs dans les ghettos, il ne les opprimait pas. Il prônait un universalisme dans lequel nous nous serions perdus. Pour schématiser, je dirais que les juifs ont deux ennemis mortels: le Romain, qui veut nous détruire, c'est Titus, Raman, Hitler, etc. Et puis il yale Grec, l'universaliste, qui s' attaque aux particularismes, à la nature intrinsèque des peuples en atténuant peu à peu les différences. C'est le danger d'une assimilation totale, aveugle. Le Grec guette le peuple africain ! Pardonnez-moi si ce que je vais dire est provocant, mais n' est-ce pas une chance que les Africains soient noirs, sinon ils oublieraient tout à fait qui ils sont ?






Haut de page Article rédigé par E.Y - Source : Le Livre de l'Alliance Bibliophane
 

- COLLOQUE Le visage. La rencontre de l’autre
Dimanche 10 octobre 2010 15h à 18h au Collège des Bernardins

- Monde noir, Monde juif , rencontres, émancipation
communication de Philippe Boukara, maître de conférences à l’I. E.P. de Paris


© Amitiejudeonoire.com 2005 - Design Dialect'Image - Réalisation Inov@net