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COLONISATION ET PEUPLES COLONISÉS, EXPATRIÉS  Imprimer   Envoyer par mail
 


12 décembre 2005 / 09h31
- « Une génération entre en politique »

Entretien du Nouvel Obs avec l'historien Benjamin Stora
Le Nouvel Observateur. -Que signifie selon vous cette exhumation des souffrances du passé colonial ?
Benjamin Stora. -Ce qui se joue ici est fondamental, c'est l'entrée en politique de toute une génération de « nouveaux Français ». En 1968, on arrivait en politique avec les mythes de la Résistance française, de l'antifascisme, et on criait dans la rue « CRS S.S. ». Maintenant, des centaines de milliers de jeunes sont en train de se politiser en référence à l'histoire de la colonisation. Et c'est normal, car chaque génération entre en politique avec ses propres mythologies, qu'il faut évidemment combattre mais qu'on ne peut certainement pas traiter par le mépris.
Quand les jeunes s'imaginent vivre dans une société coloniale, ils se trompent. Nous ne sommes pas dans une reproduction de l'histoire à l'identique. Sans les insulter - en les traitant de « barbares » ou de « sauvageons » ! -, il faut le leur expliquer ; il faut leur apprendre cette histoire complexe d'une France double, celle qui émancipe et celle qui opprime. Au lieu de cela, les auteurs de l'appel des Indigènes se contentent d'agiter des stéréotypes.

N. O. -Les députés de droite ne viennent-ils pas de les conforter dans cette « impression » d'une France demeurée coloniale en validant une seconde fois la loi du 23 février sur l'enseignement du « rôle positif de la colonisation » ?
B. Stora. -En effet, ce qui est extrêmement dangereux, c'est que les acteurs de l'Etat répètent les stéréotypes et rejouent eux aussi cette histoire, en prenant à contrepied le « récit familial » des immigrés. Ils ne voient pas que derrière les 2 000 ou 3 000 inconscients qui brûlent des voitures, il y a des centaines de milliers de jeunes qui se politisent, qui sont mûrs, qui avancent et qui veulent tout savoir maintenant. Vingt-cinq ans après la Marche des Beurs, qui descend dans la rue ? Ce sont les enfants des Marcheurs, qui eux non plus n'ont pas pu apprendre cette histoire à l'école, encore.

N. O. -Quelles sont les manifestations de cette politisation ?
B. Stora. -Je les vois venir par centaines écouter les débats que j'anime dans la banlieue, ils sont 10 000 à 15 000 à assister à des concerts de hip-hop politiques, ils s'informent à travers de nouveaux magazines, des manifestations culturelles, des réunions publiques..., et ils se regroupent massivement sur internet dans des grands forums de débat. Allez sur le Net, vous verrez des dizaines de milliers de jeunes qui sont en plein processus de conscientisation politique ! Certains, qui n'espèrent plus grand-chose de la présidentielle de 2007, s'investissent déjà dans les élections municipales de 2008. Parce qu'il y a des cités et des villes entières où les minorités ethniques deviennent majoritaires et militent pour un maire noir ou arabe. Ils disent : « On va prendre la politique par là où on peut la prendre : la mairie. » Il ne faut pas croire ce que disent les vieux intellectuels réactionnaires, ces jeunes en jogging sont loin d'être des imbéciles ni d'ailleurs tous des nihilistes. Et c'est avec eux qu'il faut nouer le contact, à eux qu'il faut parler de leur mémoire, de leur douleur et de leurs erreurs aussi.

N. O. - Et voilà que le porte-parole des harkis de Roubaix menace de vous poursuivre pour « révisionnisme et négationnisme ». Preuve que la guerre des mémoires est officiellement ouverte ?
B. Stora. - On est effectivement dans la compétition victimaire maximale. Cette association me menace parce que je n'ai pas voulu dire que le terrible massacre des harkis avait été un génocide, c'est-à-dire un crime de masse prémédité. Le problème avec la guerre d'Algérie, c'est qu'il n'y avait que des victimes, les pieds-noirs, les officiers, les harkis, les Algériens, et jamais de responsables. Et je ne vois pas ce « sanglot de l'homme blanc », dont on nous parle, je n'entends pas de repentance du colonisateur dans l'espace public. D'où ce retour inévitable du refoulé colonial.

N. O. -Comment définiriez-vous les urgences pour l'avenir ?
B. Stora. -Il est évidemment nécessaire de continuer le combat pour l'abrogation de la loi du 23 février. Et il faut tendre une main généreuse à ces jeunes. La main du savoir et la main politique. Car il y a une béance. Alors soit la gauche, qui les a énormément déçus, réagit, soit ils iront construire leurs propres listes électorales pour les municipales de 2008. Et ça risque de faire très mal. (...)
POUR LIRE LA SUITE
Marie Lemonnier
http://www.nouvelobs.com/dossiers/p2144/a289541.html

Benjamin Stora, spécialiste de la colonisation algérienne, est aussi le seul professeur d'histoire du Maghreb des universités françaises (Inalco, Paris). Dernier ouvrage paru : « les Mots de la guerre d'Algérie », Toulouse-Presses universitaires du Mirail.






Haut de page Article rédigé par Y.M - Source : nouvelobs.com
 

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