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COLONISATION ET PEUPLES COLONISÉS, EXPATRIÉS  Imprimer   Envoyer par mail
 


12 décembre 2005 / 09h34
- Positive pour les uns, criminelle pour les autres

Colonisation : d'une vérité l'autre
Il a suffi de quelques mots dans un texte de loi saluant « le rôle positif de la présence française outre-mer » pour mettre le feu aux mémoires. Enfants d'immigrés, Noirs, Arabes, pieds-noirs, Français « de souche » : à chacun son histoire, souvent douloureuse. Pour en finir avec les caricatures partisanes et les nostalgies trompeuses, « l'Obs » revisite, en compagnie des meilleurs historiens, cinq siècles d'un passé qui ne passe pas

Quoi de neuf sur la France ? La guerre d'Algérie ! Au Palais-Bourbon, le 29 novembre 2005, nos députés se disputent. « C'est la voix du FLN », lance l'UMP Jean-Pierre Grand au communiste François Liberti, après avoir taxé de « trahison » un centriste un peu mou à son gré. Des élus chahutent, insultent. On célèbre, à droite, l'oeuvre civilisatrice des colons défricheurs, des médecins militaires, des instituteurs du bled. On invoque la France gaulliste de Brazzaville. On cite même Karl Marx, qui à Alger avait admiré « l'oeuvre de la France » ! Ainsi débat la France, quarante-trois ans après les accords d'Evian, sur la défense de son cher passé - quand les ruines des banlieues fument encore, quand Jacques Chirac, au sommet Afrique-France de Bamako, mime une dernière fois la partition du grand frère... Etrange pays, obsédé de son histoire quand son présent lui échappe.
Le prétexte de cette régression ? Un article de loi enjoignant l'Education nationale d'enseigner, « en particulier, le rôle positif de la présence française outre-mer ». Des mots d'une banalité apparente, d'ailleurs approuvés par une opinion (à 64%, selon un sondage CSA-« le Figaro ») qui n'y voit pas malice. Mais des mots qui polluent les rapports entre la France et l'Algérie et indignent des universitaires. La semaine dernière, une proposition du groupe socialiste de supprimer l'article litigieux a mis le feu aux poudres. « On aurait pu s'entendre avec la droite sur une formulation neutre, invitant simplement à enseigner la période coloniale, regrette le président du groupe socialiste Jean-Marc Ayrault. Les responsables de l'UMP n'ont pas osé rompre avec leurs ultras. » Mais Ayrault, homme lucide, sait que les débordements existent aussi à gauche. Moins au Parlement que dans une gauche militante où prospère un autre discours, symétrique de la nostalgie impériale. Des saint Jean Bouche d'or du tiers-mondisme appliqué aux banlieues, rassemblés autour du manifeste des « Indigènes de la République », expliquent aux jeunes qu'ils subissent le même sort que leurs ancêtres colonisés ; que les discriminations actuelles sont la preuve et la conséquence de la nature profonde de la France, qui perpétuerait son colonialisme d'antan jusque sur son territoire. « Raisonnement stupide, réducteur et dangereux », répond Ayrault. Mais la stupidité est tentante. Les cauchemars s'entretiennent.
Etrange affaire. Révélatrice du mal français, elle est d'abord le fruit du hasard et de la mémoire. Les députés, souvent sexagénaires, étaient jeunes gens au temps de l'Algérie. Ils parlent d'eux-mêmes en croyant débattre de la loi. Jacques Remiller, élu UMP de l'Isère, avocat du « rôle positif », fut même instituteur volontaire dans le bled après l'indépendance, dans des villages musulmans que les pieds-noirs venaient d'évacuer ! Le lien charnel avec l'Algérie complique tout. On évoque le passé avec des morts en tête. Le 29 novembre, tandis que Christiane Taubira, applaudie par la gauche, dénonce le colonialisme comme s'il vivait encore, Kléber Mesquida, député PS de l'Hérault, ne dit rien, persuadé que ses camarades se trompent de combat. Quelques mois plus tôt, le 11 juin 2004, il a pourtant évoqué en séance le souvenir de ses grands-parents, agressés et torturés dans leur ferme algérienne par le FLN. Mais ce jour-là, la gauche est absente - comme si le projet discuté ne la concernait pas. Ce 11 juin 2004, l'Assemblée nationale veut « porter reconnaissance de la nation aux Français rapatriés ». Seuls les spécialistes sont venus. Pieds-noirs eux-mêmes, ou élus de circonscriptions où les rapatriés font nombre. Le débat est digne et lourd à la fois. Dans la discussion, un député UMP du Nord dépose un sous-amendement : Christian Vanneste va devenir célèbre. Ce professeur de philo dans l'enseignement privé se définit comme un « néoconservateur ». Il fréquente le Club de l'Horloge, cette passerelle entre droite et extrême-droite. Il y fut initié par Yvan Blot, député RPR en 1986, passé ensuite au FN, avant de tomber dans l'oubli. Vanneste n'y voit pas un problème. Il aime les débats d'idées et les paradoxes. Il s'est ainsi opposé à l'interdiction des signes religieux à l'école, au nom de la liberté ! Quelques mois plus tard, il lancera dans l'Hémicycle que l'homosexualité « est une menace pour la survie de l'humanité ». Ce 11 juin 2004, il a un concept en tête. Pour rassembler la France et ses banlieues, beurs et gaulois, il faut magnifier l'oeuvre passée commune. Célébrer les combattants algériens de l'armée française et la mémoire positive de la colonisation. Version édifiante. Qui deviendra le sous-amendement 59 de l'article 4 de la loi du 23 février 2005. Laquelle est finalement adoptée dans l'indifférence quasi générale.
C'est alors que le scandale commence. Il passe par des enseignants, qui ont lu le texte, indignés que la représentation nationale veuille leur imposer une lecture du passé. L'initiateur de la révolte académique, l'historien Claude Liauzu, est un homme pondéré. Indigné par une relecture positive de la colonisation. Mais qui refuse les assimilations sommaires qui surgissent, bientôt, derrière son indignation. L'extrême-gauche encense l'ouvrage d'un avocat, Olivier Lacour-Grandmaison, auteur de « Coloniser, exterminer ». Une pétition d'enseignants du secondaire assimile la colonisation au génocide. Les Indigènes de la République, qui se sont lancés en janvier, développent leur agit-prop. Rassemblant des islamistes proches de Tariq Ramadan, un avocat du Mrap, des militants tiers-mondistes, communistes et d'extrême-gauche, ils prolongent la mobilisation des opposants à l'interdiction du voile à l'école. Ils indiffèrent largement les banlieues. Mais captivent intellectuels et quelques politiques. « Ils portent une colère à laquelle il faut répondre », explique Roger Martelli, chef de file des rénovateurs communistes, qui invite le président de la République à rompre solennellement avec le passé colonial - « sur le modèle de son discours sur la rafle du Vél'd'Hiv ».
Quand les socialistes sortent de leur torpeur, le débat est déjà piégé. Ils ne réagissent d'ailleurs pas sur une indignation vertueuse, mais au nom de la realpolitik. C'est Bernard Derosier, député du Nord, qui les agite. Il a enseigné en Algérie, a épousé une pied-noir, dont un oncle et une tante ont été assassinés par le FLN. Mais ce n'est pas l'émotion qui le guide. Derosier préside le groupe d'amitié France-Algérie à l'Assemblée. A Alger, l'article 4 indigne les élites et l'opinion. La France serait prise d'un prurit colonialiste ? Le président Bouteflika gèle le traité d'amitié avec la France. Il exige que la France fasse acte de repentance, qualifie la loi de février de « révisionniste ». C'est ainsi qu'un texte voté à la sauvette par une poignée d'élus devient, vu d'Algérie, une manifestation du revanchisme français.
Derosier ne cautionne pas ces manoeuvres algériennes. Mais il voit les dégâts. « Les Chinois sont déjà là-bas. Les Américains avancent. L'Algérie est l'avenir de l'Afrique. Si on veut être présents, il ne faut pas laisser le passé empoisonner nos relations. » C'est l'argument qu'il avance, inlassablement. Il alerte la droite, en vain. Et invite les siens à réagir. Ils l'entendent. Une « niche parlementaire » - cette rare occasion où des députés reprennent l'initiative des débats - s'offre aux socialistes. Le groupe s'y engouffre. Et le hasard s'en mêle à nouveau...
Quand la proposition socialiste vient à l'ordre du jour, le paysage a changé. Les violences des banlieues ont radicalisé l'opinion. Nicolas Sarkozy, l'anti-« racaille », est plébiscité dans les sondages. La droite parlementaire ne jure que par la fermeté - tandis qu'une partie de la gauche, derrière l'état d'urgence, voit resurgir les fantômes de l'Algérie de papa. Le pays a les nerfs à vif. Le 29 novembre, Jean-Marc Ayrault tend la main à la majorité, invite à construire « une histoire partagée » : peine perdue. Les modérés de l'UMP sont débordés par les extrémistes. « Les enseignants qui aujourd'hui demandent l'abrogation de cet article sont les mêmes qui nous ont enseigné pendant toutes ces années que les modèles communistes de Moscou, Pékin ou Phnom Penh permettaient à l'être humain de s'épanouir », lance l'UMP Michèle Tabarot. « La droite ne fait que reconnaître les faits : elle parle comme nous », apprécie en connaisseur Louis Aliot, secrétaire général du Front national. Ni Jacques Chirac ni Dominique de Villepin, pourtant sollicités par Ayrault, n'ont tenté d'apaiser la droite parlementaire. Et celle-ci, au fil des orateurs, se fait porte-parole d'un communautarisme de plus : un communautarisme blanc, rapatrié.
Lionel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes, brandit un manuel scolaire pour démontrer que les rapatriés sont les oubliés de l'histoire. Son discours, applaudi à droite, est le pendant de celui des identitaristes noirs ou musulmans qui réclament que leurs souffrances soient reconnues et valorisées - faute de quoi ils ne pourraient s'intégrer à la nation. Les « Indigènes » font des beurs des « colonisés ». Des militants noirs se dotent d'un Conseil représentatif des Associations noires (Cran). Et nous ? clament les pieds-noirs. Chacun son histoire, chacun sa version du passé, sa douleur, son statut de victime. (...)
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Claude Askolovitch
http://www.nouvelobs.com/dossiers/p2144/a289619.html



Haut de page Article rédigé par Y.M - Source : nouvelobs.com
 

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