Le sommaire  
 
Juifs et Noirs minoritaires en Occident
Convergences Juifs-Noirs
Traces juives en Afrique
Les Juifs Noirs
Les Hebreux Noirs
A L'AFFICHE
Peuples en esclavage
Génocides juifs/génocides noirs
Immigrations juives/immigrations noires
colonisation et peuples colonisés, expatriés
Les grands hommes Africains, Antillais et Juifs anti-racistes
 

  La Newsletter  
  Pour recevoir
régulièrement
nos news
 

  Le Courrier  
 
>Voir 
 

  Les Liens  
 
>Voir 
 


  Accueil > colonisation et peuples colonisés, expatriés
 
COLONISATION ET PEUPLES COLONISÉS, EXPATRIÉS  Imprimer   Envoyer par mail
 


12 décembre 2005 / 09h35
- Une génération en mal d'ancêtres

« On se demande ce qu'on fait là » Amnésie postcoloniale, fausses promesses d'intégration et discriminations raciales : les jeunes banlieusards dénoncent « l'hypocrisie française »
«La racaille» s'est exprimée dans Paris : «La France aux Français. En 14-18 comme en 39-45, les troupes africaines (françaises, par la colonisation) furent de tous les combats pour la libération de la France. Hommage à nos pères d'Afrique morts en héros pour notre France. Signé : la racaille.» Des affiches format A3, sur fond gris, avec des textes en relief, collées par des petites mains anonymesdans la nuit de dimanche à lundi dernier. Aux vitres des Abribus, sur les façades des immeubles, dans les bouches de métro, ces plaques commémoratives, où on lit : «Hommage aux centaines de milliers d'immigrants venus construire et reconstruire une France qui maintient depuis toujours leurs enfants et petits-enfants au ban de la société. A quand une loi sur le rôle positif de l'immigration?» Ça fait bizarre, « la racaille » étale son mal d'avenir en toutes lettres sur les murs de la capitale, avec pour revendication la reconnaissance de tous ces passés, si indigestes soient-ils à la République. Rumeur ou espoir, un bruit courait depuis un moment dans les quartiers qu'il se passerait des choses, qu'on n'en resterait pas aux voitures brûlées.
Quelques jours plus tôt, dans un café de la banlieue nord, Hanane disait sans rage, avec juste un petit sourire poli, que les jeunes des quartiers ne voulaient rien que le minimum. Vivre comme tout le monde en France. Avoir juste une place dans la société, voilà : «Oui, un jour, avoir enfin le droit de faire partie du paysage français, de sortir de nos cités... Parce qu'aujourd'hui, c'est ça : nous sommes là, sans y être tout à fait.» Hanane a 24 ans, les cheveux tirés en arrière dans une petite queue de cheval. Elle est française née de parents algériens, et «c'est problématique». Dans quelques jours, elle démissionnera de son emploi de secrétaire parce qu'elle en a marre de «servir des cafés au patron qui la regarde comme la gentille petite Arabe de service».
A côté d'elle, il y a Marie, Française d'origine camerounaise, 23 ans, bac+5. Qui reste agacée devant les gens étonnés par son niveau d'études : «Comme si c'était miraculeux que je réussisse, moi, la Noire d'Afrique inculte...» Qui se souvient de ses cours de danse : «Un peu de danse africaine, et puis la prof qui dit : «On va arrêter avec ce mouvement un peu tribal, pour passer à quelque chose de plus développé.» Ça veut dire quoi, ça?» Bao, lui, il n'est pas français, ses parents ont fui le Vietnam pour des raisons politiques. Ils ont rejoint ses grands-parents, Français d'Indochine. Bao a grandi dans sa cité de Bagneux, mais il se sent exclu de la société française. Alors il dit : «C'est peut-être normal, parce que moi, je ne suis pas là en tant qu'ancien Français, comme les Algériens, mais en tant qu'étranger.» Et puis il y a un grand balèze, c'est Franck. Il a 24 ans, il est Français d'origine ivoirienne et donne des cours de self-défense. Il a même entraîné la BAC (brigade anti-criminalité) de nuit de Paris pendant un an. Il raconte aussi qu'il a eu une petite amie blonde aux yeux bleus, qu'une fois, ils ont pris le métro. A la station Passy, Franck a cédé sa place à un couple de personnes âgées, et le monsieur l'a remercié comme ça : «Ah... Ça a quand même servi à quelque chose, la colonisation!»
Justement, parlons-en. Hanane, Marie, Bao et Franck ont mal à leurs ancêtres. Hanane a des origines étrangères, oui. Mais finalement, sa famille est française depuis bien longtemps, avec seulement une petite interruption sur deux générations, juste après l'indépendance de l'Algérie. Pas de quoi faire une histoire. Son père et ses grands-parents sont arrivés en France en 1962, ils ont atterri dans les bidonvilles de Houilles. A l'époque, ils savaient pourquoi ils venaient, leurs bras allaient être efficaces au pays. Après, ils repartiraient en Algérie, là où ils avaient tout laissé, y compris leur mémoire. Hanane a hérité de cet épais silence, des souvenirs tus, qu'elle traduit comme ça : «Je crois que mon père a souffert.» Elle dit qu'il a fait la guerre d'Algérie, et c'est tout ce qu'elle sait. Lui, ici, il est ressortissant étranger, et n'a jamais voulu de la nationalité, ce serait «un déshonneur». Les parents de Hanane sont seulement de passage, ils feront leurs vieux jours au pays, quand les enfants seront tous grands. C'est leur choix.
Mais voilà, pour eux «c'est fini» ;elle, elle est française, elle n'a pas ce choix de rentrer là où elle n'est pas née. Elle a loin derrière elle un pays d'origine, l'Algérie, dont elle est décrochée, et devant elle une terre natale, la France, qui n'offre aucune accroche. «Pourquoi n'avons-nous aucune reconnaissance, aucune place économique, culturelle, politique, dans cette société qui est pourtant la nôtre?» Comme si elle était suspendue dans le vide. Marie aussi a ce sentiment de n'avoir pas droit à sa vie : «La France est venue chercher nos parents pour qu'ils ramassent les poubelles ou fassent les chiens de garde ici, et aujourd'hui rien n'a changé : un Noir est toujours un indigène. C'est la mentalité coloniale qui est restée.» Comme si le regard des autres la réduisait à ses seules apparences, «une hypocrisie à la française, cette façon de vous rejeter avec un sourire complaisant». Marie dit qu'il faut agir, se battre, il n'y a pas d'autre solution pour elle. Hanane, elle, laisse faire. Elle pense que pour elle, c'est raté. Elle croit que son père a finalement mieux vécu en France qu'elle-même n'y vivra jamais : «Matériellement, mes parents ont été défavorisés, très pauvres. Mais ils ont toujours su ce qu'ils faisaient en France. Ils y avaient une place économique. Et la possibilité de partir a toujours existé.» Hanane trouve des explications à son problème. Si elle a le sentiment de déranger, d'être de trop, ça doit sûrement venir du fait que «nous, les enfants d'immigrés, nous n'étions pas au programme. Nous sommes une bande d'imprévus. Nos parents devaient travailler puis repartir, mais ils ont fondé des familles».
Hanane, Marie, Bao et Franck ont grandi ensemble, prisonniers d'une autre image encore, qu'ils n'ont pas choisie non plus, celle d'enfants des quartiers. Bande de petits « sauvageons » élevés à l'écart du reste de la société française. «Comme si on ne nous aimait pas», dit Marie. Avec des parents, des grands-parents qui ont choisi de faire «profil bas», de toujours se taire devant les institutions et leurs représentants. Comme s'il fallait être reconnaissant envers la France qui offrait une chance aux enfants. «Quelle chance? demande Franck. Celle de n'avoir pas droit aux mêmes avenirs que tous les jeunes Français?» Pour Hanane, «c'est typiquement les vestiges de notre histoire, ça... Mes parents sont restés dans un rapport colonial aux Français. Ils sont persuadés que leur civilisation va tirer leurs enfants vers le haut». Et ils transmettent cette idée qu'en nourrissant une relation «avec tel ou tel Blanc bien placé, on y arrivera». Marie dit que c'est ce réflexe qui tue la solidarité dans les quartiers.
Et puis vient le jour des questions existentielles, «il y a toujours un moment où on se demande d'où on vient, ce qu'on fait là». Comme une violence, c'était l'entrée à la fac, avec «la découverte de l'image du Français colonisateur». Marie et Hanane ont fait connaissance avec un autre monde, où elles ne se sentaient pas à leur place. Elles venaient de leur banlieue, et leur «culture sociale était appréhendée comme inférieure à celle qui domine». Un problème de classes, d'abord, c'est comme ça qu'elles ont confusément vu les choses. Et puis, il y a des professeurs qui ont demandé à Hanane : «Ça se prononce comment votre prénom chez vous?» C'est là qu'elles ont compris que le problème dépassait le social, il y avait comme « une sorte de gentil racisme». Et toujours cette tendre curiosité pour ses petits gâteaux arabes, son couscous, son thé à la menthe. Le cliché, quoi.
Et puis il y a eu la loi de février 2005, préconisant l'enseignement du « rôle positif » de la colonisation dans les manuels scolaires. Hanane s'est dit ça : «Bah, ils n'ont plus qu'à nous chier dessus, maintenant.» Et puis, elle a pensé que la guerre d'Algérie n'était toujours pas finie, qu'elle se poursuivait encore : «C'est devenu une bataille du sens autour de cette question : qu'est-ce qu'on fait là?» Franck, lui, va rentrer chez lui, en Côte d'Ivoire. Il croit que la France a peur de ses étrangers, qu'elle se regrette elle-même. Alors il ne s'accorde même pas le droit d'espérer un avenir ici : «On se fout de notre gueule dans ce pays! Ce sont nos députés qui ont voté ça? Mais où est la démocratie pour les gens qui sont colorés et habitent les cités?»
(...)
POUR LIRE LA SUITE
http://www.nouvelobs.com/dossiers/p2144/a289621.html
Elsa Vigoureux




Haut de page Article rédigé par Y.M - Source : nouvelobs.com
 

- L'Afrique doit prendre son avenir en main
Diplomatie. Souleymane Cissé, cinéaste malien, analyse les relations entre la France et le continent. Par Thomas HOFNUNG Libération, samedi 03 décembre 2005


© Amitiejudeonoire.com 2005 - Design Dialect'Image - Réalisation Inov@net