Le sommaire  
 
Juifs et Noirs minoritaires en Occident
Convergences Juifs-Noirs
Traces juives en Afrique
Les Juifs Noirs
Les Hebreux Noirs
A L'AFFICHE
Peuples en esclavage
Génocides juifs/génocides noirs
Immigrations juives/immigrations noires
colonisation et peuples colonisés, expatriés
Les grands hommes Africains, Antillais et Juifs anti-racistes
 

  La Newsletter  
  Pour recevoir
régulièrement
nos news
 

  Le Courrier  
 
>Voir 
 

  Les Liens  
 
>Voir 
 


  Accueil > Traces juives en Afrique
 
TRACES JUIVES EN AFRIQUE  Imprimer   Envoyer par mail
 


20 janvier 2005 / 14h20
- Traces juives en Afrique

La recherche de traces juives en Afrique a le goût du rêve et de la légende. Elle réunit les mystères du continent noir et celui des dix tribus perdues d'lsraëI (Déjà au IVe siècle, un docteur babylonien place en Afrique les dix tribus disparues du roya
C'est une chasse au trésor dont on retire un titre de noblesse ou l'assurance d'une ancienneté. Les Noirs y trouvent la preuve de leur attachement au peuple élu, les Juifs en attendent l'espoir d'une fraternité des exilés. A cela, s'ajoute l'intérêt, chez plusieurs auteurs chrétiens, de démontrer que le monothéisme était une idée présente chez l'homme africain depuis des siècles. La méconnaissance entretenue des peuples noirs adonné libre cours à l'imagination, bien que l' Afrique ne soit une terra incognita que pour ceux qui en ont décidé ainsi une fois pour toutes. De la même façon, l'apport des Juifs dans le cours de nombre d'événements -la découverte de l' Amérique en particulier -est invisible dans les comptes rendus qui en sont donnés. Il reste que la présence juive en Afrique par le passé est un fait historique établi. A l'évidence, plus le passé est lointain, moins on distingue la frontière entre la légende et la réalité. Dans le domaine des incertitudes, commençons par évoquer les recherches du R.P. Joseph J. Williams, S.J., dont les raisonnement! séduisent plus qu'ils ne convainquent . Mais les contes ne se réfutent pas, et il faut reconnaître que Williams présente une quantité de faits et se réfère à beaucoup d'auteur connus. Il écrit: « Quelque part dans le passé éloigné une vague ou plus probablement une série de vagues d'influence hébraïque a balayé l'Afrique noire, laissant des traces véritables parmi plusieurs tribus, où elles ont persisté jusqu'~ aujourd'hui. » Ainsi, Yam, l'être suprême des Ashantis peuple de l'Ouest africain, a toutes les apparences du Yahweh des temps pré-exiliques. Williams reproduit dans son livre un dessin de sir Henry Morton Stanley, qui représente les ambassadeurs ashantis traversant la rivière du Prahsw un radeau. Leur chef porte un pectoral qui ressemble étrangement au pectoral du grand prêtre du Temple de Jérusalem, décrit avec précision dans la Bible avec son découpage en douze parties de trois rangées verticales et de quatre horizontales, le chiffre douze symbolisant les douze tribus d'Israël. Williams ajoute les ressemblances d'éléments culturels et linguistiques qui, pris séparément, apparaissent tous comme de simples coïncidences, mais dont l'accumulation finit par retenir l'attention. Ntoro, l'esprit chez les Ashantis. proviendrait de Torah. Bore Bore, le créateur, rappelle les racines hébraïques de la création, Barah. Obed, la magie terme retrouvé en Jamaïque, a effectivement le même sen! que Ob en hébreu, etc. Les rites de purification, la circoncision, la nouvelle année en automne, la coupe de vin du mariage, le récit du chasseur nourri comme Elias par les vautours tout, jusqu'à la forme des sandales et à l'aspect des magnifiques sièges sculptés ashantis, qui rappellent le! peintures observées à Thèbes, constituent une liste impressionnante en faveur d'une influence sémitique. Enfin, la signification du mot ashanti décomposé en ashan suivi dJ suffixe nti, vient confirmer la théorie. Dans cette région d' Afrique nti signifie: « le peuple de, les gens de, le fils de ». Ashan, en hébreu, signifie « fumée ». Le mot employé à propos des cités brûlées figurerait ici la destruction d'Israël. On traduit alors ashanti par « peuple de la fumée » ou « les fils des cendres ». C'est tellement beau que l'on n'a aucune envie de proposer une autre interprétation, bien que, comme l'écrit lui-même Williams, sans vouloir y croire, shan signifie « plante » et nti « manger » dans la langue ashanti. On évoque alors une période de famine pendant laquelle les Ashantis auraient mangé des plantes. Le R.P. Briand a effectué des recherches à Madagascar dans le même esprit . Selon cet auteur, la flotte du roi Salomon, partie de la mer Rouge, a accosté à la grande île que plusieurs ont voulu identifier comme l'Ofir de la Bible. Des naufrages auraient laissé des Juifs sur la côte. Briand affirme l'existence de trois immigrations juives, la deuxième au lIe OU Ille siècle de notre ère, la troisième « à placer au X111e OU XlV e siècle ». Plusieurs voyageurs auraient retrouvé chez les Hovas modernes et d'autres ethnies des mots et des coutumes juives. Cependant, Zvi Loker écrit: « Le R.P. Briand, dont l??uvre pourra servir de point de départ avec toute la circonspection scientifique nécessaire à d'autres recherches plus détaillées, cite toute une série de coutumes et de mots termes, en leur donnant une origine juive, voire hébraïque, alors qu'il s'agit nettement de l'influence de l'islam ou de celle de la langue arabe, que l'auteur évidemment ne connaissait pas . » Dans son texte, Briand réfute d'avance l'objection et tente de prouver une antériorité des faits observés par rapport à l'islam. A mon avis, il n'y parvient pas vraiment. Ses comparaisons linguistiques paraissent très déformées pour les besoins de la cause. Par exemple, les jours de la semaine de la langue hova qu'il compare à l'hébreu et au chaldéen se retrouvent identiques chez les Wolofs du Sénégal à des milliers de kilomètres à l'ouest: talata, pour mardi, alakamisy (cinq) pour jeudi. Leur origine arabe ne fait aucun doute. En revanche, les considérations sur le découpage du temps sont plus étonnantes, comme le rattrapage du mois lunaire tous les trois ans afin que les mêmes mois reviennent à la même place dans l'année, comme dans le calendrier juif, tandis que le Ramadan est fluctuant dans le calendrier musulman. Plus près de nous, la présence juive en Afrique appartient au domaine de l'histoire solidement établie. Dans un mémoire riche en documents, Izabel de Moraes, chercheuse brésilienne de l'I.F.A.N., fait le récit du commerce des cuirs et des peaux qui fit au XVlIe siècle la prospérité du souveraine et des habitants de la côte qui va du cap Vert à la Gambie, Elle reproduit un manuscrit du XVIle siècle rédigé parle capitaine Francisco de Lemos Coelho, consacré à la description des côtes de Guinée: « Beaucoup de Juifs, nés au Portugal, y vécurent, possédant de très importantes maisons et qui venaient y pratiquer leur religion parce que les rois du pays les protégeaient et que de ce fait ils ne pouvaient être châtiés. » Les Juifs s'étaient établis à Rufisque, à Joal et Portudal. Comme les Portugais et les Hollandais, ils faisaient l~ commerce du cuir, des peaux, des tissus, de la cire et de l'ivoire. Dans cette région où les esclaves étaient « rares et chers », la traite était peu importante. Les Juifs donnaient 10 % de leurs bénéfices au Damel (le roi du pays ). « En 1647, certains Juifs de Rufisque furent convertis pal le P. 8eraphin de Leon. Avec le P. Diego de Guadalcanal, il y baptisa un riche Juif et toute sa famille, son épouse, ses enfants, ses parents, ses serviteurs et ses esclaves (en tous vingt-deux judaïsants). Les renseignements les plus détaillé! se retrouvent chez Francisco de Lemos Coelho, qui rapporte qu'à Rufisque beaucoup de Juifs, dont certains venus du nord, tinrent des maisons de commerce, qu'ils y étaient assez méprisés tant des Africains que des résidents, qu'ils payaient plus d'impôts que les autres Blancs, mais qu'ils s'y résignaient pour vivre selon leur loi, qu'ils eurent des enfants avec des Africaines, que ceux-ci pratiquèrent la religion de leurs pères mais se convertirent du temps de l'auteur. Francisco de Lemos Coelho signale que des Juifs s'étaient également établis à Portudal, mais avaient, par la suite, quitté ce port. Ajoutons que ces Juifs résidents devaient vivre entourés d'esclaves et de gourmettes, à la façon de leurs confrères portugais chrétiens. A la différence de ceux-ci, ils devaient faire respecter le jour du shabbat à leurs subordonnés et leur faire négliger le dimanche. Un document cité ci-dessus l'affirme, de même que Diogo Mendes de Vasconcellos. Celui-ci écrivit au roi le 23 mars 1555 que le pape ayant accordé à soixante-dix couples l'autorisation de pratiquer leur culte à Ancône, ceux-ci « firent judaïser les esclaves de Guinée qu'ils avaient amenés avec eux de ces royaumes (lzabel de Moraes, ibid., p.99.)». D'après Izabel de Moraes, le « mépris » évoqué par Francisco Lemos de Coelho tranche avec la tolérance exprimée ailleurs par l'auteur et serait peut-être dû aux ajouts d'un copiste. Une autre allusion « cette gent mauvaise » ne figure pas dans une première version. Quoi qu'il en soit, ces écrits traduisent bien l'esprit de l'Inquisition engagée dans un long combat contre les Juifs qui s'obstinaient à garder leur foi, en se cachant parfois (on l~s appelait les nouveaux-chrétiens), ouvertement d'autres fois: « ...en 1597, le P. Fernando Novaes de Queiroga, premier trésorier de l'évêché de Cabo Verde, signala à l'Inquisition Manuel Nunes, nouveau chrétien et chirurgien, condamné à Cabo Verde, ainsi que le nommé Nuno Francez da Costa, également nouveau chrétien et feitor au Rio Grande, pour avoir déclaré « qu'il préférait un ongle de ladite esclave (avec laquelle il vivait maritalement) à toutes les confessions et messes ». Le départ de la plupart des Juifs portugais de la petite côte, dont le nombre n'a probablement pas dépassé quelques dizaines de familles, correspond au déclin du commerce des cuirs consécutif à l'éviction des Hollandais par la France, à la fin du XVIle siècle. Aujourd'hui, à Dakar, on allume des bougies le vendredi soir dans certaines familles catholiques métisses que l'on appelle les « Portugais ». Ceux à qui nous avons demandé la raison de cette coutume répondirent seulement que le vendredi était « un jour saint ». Dans cette famille on allumait une bougie chaque soir, et deux le vendredi. Peut-être les Portugais ont-ils conservé sans le savoir le souvenir du shabbat d'ancêtres juifs oubliés (Signalons l'habitude de certains Capverdiens (habitants de l'île du Cap-Vert), lorsqu'ils entrent chez eux, de toucher le côté de la porte et de porter ensuite leur main â la bouche afin de l'embrasser. Ce geste rappelle la pratique des Juifs avec la mezouza, étui fixé au côté de la porte contenant des versets de la Torah.). Dans la presqu'île du cap Vert aucun signe tangible de la présence des Juifs ne subsiste, et l'espoir d'Izabel de Moraes de découvrir la synagogue de Rufisque fermée au temps de l'Inquisition, en grattant les murs des vieilles maisons, s'est sans doute amenuisé. Maurice Dorès, La Beauté de Cham, Mondes Juifs, Mondes Noirs, Balland, Paris, 1992.


Haut de page Article rédigé par E.Y - Source : amitiejudeonoire.com
0
 

- Les Juifs du Mali,
par Jacob Oliel


© Amitiejudeonoire.com 2005 - Design Dialect'Image - Réalisation Inov@net