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TRACES JUIVES EN AFRIQUE  Imprimer   Envoyer par mail
 


20 janvier 2005 / 14h28
- Les Juifs du Sahara

Plusieurs voyageurs ont trouvé des pierres et des stèles qui portent témoignage de ce que Charles de La Roncière, historien de la marine française, a appelé « l'ère juive du Sahara » (Charles de La Roncière; la Découverte de l?Afrique au Moyen Age, cartog
Une communauté juive a vécu pendant plusieurs siècles à Touât, une très longue ligne de palmeraies par où l'on se dirigeait vers le Soudan (Au début du siècle le Soudan désignait la région d' Afrique où se situe l'actuel Mali). A la suite d'une mission au Sahara en 1905, Émile F. Gautier écrit : « Une très belle inscription à caractères hébraïques profonds et nets nous apprend qu'une dame Monispa est morte en couches dans l'année de la création du monde 5086 (1326 de notre ère). La population était juive, en tout cas l'aristocratie dominante, mais elle n'était pas seulement urbaine, mercantile et usurière, il faut qu'elle ait été plus ou moins rurale, autonome, enracinée au sol, en tout cas au Gourara et dans le Touât septentrional, les -beaux travaux d'irrigation, orgueil des oasis, aqueducs souterrains, puits cartésiens, les traditions en font honneur aux Juifs... (Émile F. Gautier, la Conquête du Sahara, Paris, Armand Colin, 1935, p. 136.). L'inscription était gravée sur le pilier d'un puits, ce qui rend crédibles les récits concernant « les Juifs maraîchers » de Mauritanie. L'auteur arabe du Tarikh el-Fettah mentionne des « Beni Israël » qui creusaient des puits à Tendirma, l'emplacement d'une capitale de l'empire du Ghana au débouché d'un bras du Niger (2. Voir Mauny, R., «Le Judaïsme, les Juifs et l'Afrique occidentale», Bulletin I.F.A.N., 1949, XI, 3-4, p.354-378.»). Charles de La Roncière écrit en se référant à un chroniqueur arabe: « Une arrivée en masse de Zenetes juifs avait eu lieu au VIe siècle, " l'année de l'éléphant ". Plus tard, de nouveaux venus d'Israël lurent sur des pierres tombales qu'ils avaient été précédés par des coreligionnaires, l'an 4429 d'Adam. » Selon Nahum Slouchz, « la première apparition des grandes colonies juives sur le littoral africain date de l'an 320 av. J.-C. lorsque Ptolémée Soter, fondateur de la dynastie des Lagides, envahit la Palestine et transplanta plus de cent mille captifs juifs en Afrique. Une partie s'établit en Égypte, où Ptolémée leur confia la défense des forteresses grecques. Alexandrie surtout reçut une importante colonie juive qui occupa bientôt deux des cinq quartiers principaux de la ville (Nahum Slouchz, Hebraeo-Phéniciens et Judéo-Berbères, Paris, 1908, p. 393, XIV des archives marocaines.) ». Quelques siècles plus tard, la grande révolte des Juifs du pourtour méditerranéen contre Rome (115-118) s'étendit jusqu'à la Mauritanie et à la Berbérie intérieure. Michel Abitbol a mis en lumière la participation de Juifs maghrébins au commerce transsaharien, ajoutant aux sources nombreuses déjà connues une vaste littérature rabbinique encore peu utilisée par les chercheurs (?Michel Abitbol, « Juifs maghrébins et commerce transsaharien .du VIII au XVe siècle », dans Bibliothèque d'Histoire d'outre-mer, nouvelle série, Etudes 5-6, 2000ans d'histoire africaine, le sol, la parole et l'ècrit, Paris, 1981). Jusqu'à la découverte de l'Amérique, l'or du Soudan joua un rôle prépondérant dans l'histoire monétaire mondiale. Le métal jaune était extrait des mines et des placers du Bambouk (Sénégal), du Bouré (Mali) et du nord de la Gold Coast. La tolérance de l'Islam maghrébin, à ses débuts, envers les gens du Livre incita de nombreux Juifs à s'instal1er dans une région où des Juifs vivaient déjà depuis les temps les plus reculés. Une des plus vieilles communautés juives, datant du second Temple selon la tradition, habitait à Ifrane, d'où les caravanes du Sous marocain se dirigeaient vers le Sénégal. En Mauritanie centrale, de nombreuses traditions attribuent une origine juive aux premiers habitants blancs du pays. Les Bafour auraient introduit la culture du palmier, l'élevage du cheval, de nouvelles méthodes d'irrigation ainsi que la métallurgie. Au Tafilalt, la ville de Sijilmassa, située à la croisée des chemins entre le Maghreb et le Soudan, était une plaque tournante du commerce transsaharien. Selon el-Bekri, un voyageur arabe du XIe siècle, les Juifs avaient la spécialité de la maçonnerie à Sijilmassa . En fait, Sijilmassa était, avant la destruction de la communauté juive par les Almohades, une « cité de Sages et de Guéonim » entretenant des contacts constants avec les écoles talmudiques de Mésopotamie, d'Égypte, du Nord marocain et d'Espagne . En 1154 Idrissi, géographe arabe, écrivait: « Il n'y a dans tout ce pays de Lam Lam que deux villes, qui ne sont pas plus grandes que des bourgs: l'une d'elles s'appelle Malall et l'autre Daw... D'après ce que rapportent les gens de cette contrée, les habitants sont juifs, mais pour la plupart ils sont plongés dans l'impiété et l'ignorance . » Daw (Dao) est situé à trente-cinq kilomètres de Bamako, dans la région qui fut le berceau de l'empire mandingue. Au même siècle, al-Zuhri est plus précis encore: « Les habitants de Karafun (région de Tombouctou) suivent la religion juive. On se rend chez eux à partir de Gao et de Wargla. Ils lisent la Tawrat (Torah). On importe chez eux, à partir du Sahara et de l'Andalousie, des tissus de soie, du safran, des objets teints, du goudron, des cauris, des perles... ». A Touggourt, dans le Mzab, vivent les Meghearyeh. Selon un voyageur arabe: « Leurs femmes conversent entre elles en hébreu quand elles désirent ne pas être comprises . » Les sources rabbiniques révèlent l'existence des « Juifs cachés », nomades ayant adopté les signes extérieurs de l'islam. Ces « Juifs des tentes » se manifestaient lorsque l'un des leurs voulait prendre pour épouse une Juive citadine . En 1447, Malfante, Génois chrétien, fit le voyage jusqu'au Touat. « Ici, les Juifs abondent, écrivait-il, leur vie s'écoule en paix sous la dépendance de divers maîtres, mais ils ont des ennemis acharnés dont ils n'osent traverser le territoire : les Philistins . » Malfante nomme ici les Touareg dont les attaques réduisirent le nombre de caravanes qui se dirigeaient vers le sud. En 1440, une lettre du sultan de Bornou invitait les Juifs â revenir chez lui « comme c'était l'habitude ». Malfante renonça aux activités commerciales qu'il projetait. On ne sait ce qui l'arrêta le plus, les attaques des Touareg ou le pourcentage élevé réclamé par les commerçants du Touat. En 1492, la région du Touat devait connaître un séisme politique au cours duquel les Juifs allaient disparaître. Dans ce temps de revers pour l'Islam, un marabout fanatique, El-Maghrili, fit massacrer les Juifs et ruina le pays . El-Maghrili avait été choqué par l'attitude des Juifs au Sahara. A l'époque, du Yemen jusqu'au Maroc, les Juifs étaient obligés de porter des habits ternes et de se déplacer â dos d'âne, les jambes pendantes d'un seul côté. Or les Juifs du Touat montaient â cheval et s'habillaient avec des étoffes de couleur. A ceux qui s'en étonnaient, ils répondaient qu'ils étaient mieux â même de se défendre ainsi. El-Maghrili estima que la sécurité des Juifs était suffisamment assurée et qu'ils mentaient. Toutefois, avant d'ordonner les tueries, il prit l'avis des jurisconsultes musulmans. Seuls ceux de Tlemcen répondirent que c'était un péché de détruire une synagogue. Ceux de Tunis, Cordoue et Fez affirmèrent que la guerre sainte était une action méritoire. Les Juifs se défendirent. El-Maghrili, apprenant qu'ils avaient tué son fils, demanda au sultan de Gao d'arrêter « les gens du Touat ». Mais le sultan considéra que les Juifs résidant à Gao étaient innocents, et il les fit relâcher. Des Juifs ont donc vécu pendant des siècles sous la protection de souverains noirs, à Gao et certainement dans d'autres lieux. Aujourd'hui, leur souvenir est effacé dans la mémoire de la population. La synagogue de l'ancienne Tamentit est effondrée. « ...sur ses ruines, écrit Gautier, à certaines fêtes, les femmes vont encore aujourd'hui pleurer, mais ce n'est plus par piété, elles font semblant, dans l'espoir de tromper et d'attendrir les âmes de vieux capitalistes égorgés qui errent sur les décombres et qui gardent peut-être encore, rancunières et cachottières, le secret de leurs trésors enfouis. » L'antipathie de l'auteur pour les Juifs l'a sans doute fait passer à côtê du souvenir de rabbins vénérés et honorés aujourd'hui encore au Maroc, aussi bien par les juifs que par les musulmans. Gautier n'a vu que des superstitions là où il y a d'abord un hommage à la sagesse et à la reconnaissance. Pourtant, évoquant le « temps des Juifs », il écrit plus loin « et dans toute la Berbérie on ne trouverait peut-être pas un autre point où le nom des Juifs soit prononcé comme ici avec une sorte de piété fort éloignée du mépris habituel. Le passé est pourtant bien mort. El-Maghrili a triomphé tout à fait, et nous avons trouvé le Touat tel qu'il l'avait façonné ». Gautier fait aussi une description personnelle des Juifs de Figuig, dont les relations avec le Soudan sont anciennes : « Ce sont de hideuses brutes hirsutes, demi-nus, l'aspect féroce et sournois d'un chien kabyle. Ils ne ressemblent pas du tout à des négociants israélites, et pourtant ils en sont. Ils fabriquent, avec ce qu'ils appellent l'or du Soudan, des bijoux qui se couvrent très vite de vert-de-gris. ». Le métissage des populations des palmeraies révèle que le désert n'a pas empêché le mouvement des hommes, des idées et des marchandises. Saint Augustin signale à Tozeur des Judéo-Syriens venus de Cyrénaïque qui voyageaient jusqu'au sud du Sahara . Les Juifs conduisaient leurs caravanes de Oualata jusqu'en Guinée, du Touat jusqu'à Tombouctou. Au cours des siècles, plusieurs chroniques font état de leur commerce avec « le Pays des Noirs » . A Camnouria des marchands noirs se disaient juifs. Mauny affirme qu'il s'agissait en réalité de Soninkes, craignant d'être emmenés en esclavage et qui se présentaient comme Juifs afin d'être seulement astreints à payer l'impôt des gens du Livre (le kharadj), Mauny avance aussi, sans autre forme de procès, que l'affirmation de Léon l'Africain, selon laquelle les Africains ont suivi la religion juive avant d'être chrétiens et musulmans, est gratuite. Il fallait bien pourtant que les Soninkes eussent connus des Juifs pour se prétendre tels. De même, si le roi de Tombouctou interdit l'entrée de la ville aux Juifs, comme le rapporte Léon l'Africain en 1526, ce n'est probablement pas sans raison. Au XIXe siècle, le rabbin Mordekhaï Aby Serrour, compagnon de Charles de Foucauld, recevait l'hospitalité des Daggatoum, nomades d'origine juive habitant le Sahara de Tombouctou dont « l'islamisation est très superficielle ». En 1859, à la recherche des traces d'une communauté juive à Tombouctou, Aby Serrour fit scandale en entrant dans la ville. Il ne trouva pas un seul Juif. Tombouctou a longtemps été un centre d'érudition religieuse islamique. En 1594 les envahisseurs arabes venus du Maroc détruisirent la ville. Ahmed Baba, un savant célèbre qui y résidait, « déplora, non sa captivité, mais seulement la perte de sa grande bibliothèque de six cents livres que ses maîtres barbares et sans c?ur avaient détruite ». Quand on regarde sur une carte tous les lieux précédemment cités, on s'aperçoit que la présence juive déborde très largement la région du Touat. Le R.P. Williams fait état d'une correspondance avec Charles de La Roncière où ce dernier lui écrit qu'il prépare un ouvrage intitulé « Y a-t-il eu un empire juif au Sahara ? » Il attendait le résultat des fouilles d'une mystérieuse cité détruite en 1240, proche de Oualata, où l'on mettait au jour des sculptures et des peintures. Ces recherches semblent dériver vers la quête d'un continent disparu, à l'image de la légendaire Atlantide. Pourtant, les témoignages nous ramènent encore à l'histoire. Haim Zafrani écrit: « Nous avons recueilli à Ashkélon (Israël), auprès d'un vieux rabbin émigré du Sud marocain, 1divers renseignements sur les communautés de Beni-Sbih dont notre informateur est originaire, celles des Ktama, des Glawa, de Tifnut et de Tamghrut. Notre informateur, Rabbi Jacob ben Hammu, nous dit de Tamghrut qu'elle fut " le domaine du roi des Juifs ", blad es-seltan d-lihud, Samuel ben Yosef, tué dans une bataille contre les musulmans, un 9 Ab nous signale à ce propos l'existence d'une légende dite qissa di BrahimA/-Berd'i. L'histoire du" royaume juif" est répandue parmi les musulmans eux-mêmes, qui la racontent volontiers (Haïm Zafrani, Mille ans de vie juive au Maroc, Paris, Maisonneuve et Larose, 19!3,Vpi6(àussi Simon Szyszman, le Karaïsme parmi les Berbères du Maghreb, Essays in honor of Joseph Tadeusz Milik, ed. by J. Kaspera, Cracovie, 1992.) » De même, Michel Abitbol évoque un petit « royaume juif» - caraïte, selon toute vraisemblance - qui aurait existé dans la vallée du Dra, jusqu'au début du XV e siècle. [Maurice Dorès, La Beauté de Cham, Mondes Juifs, Mondes Noirs, Balland, Paris, 1992.]


Haut de page Article rédigé par E.Y - Source : amitiejudeonoire.com
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